Revue "Ça m'intéresse", janvier 2017: Dossier sur les émotions avec présentation de nos Roues des Émotions ;-)

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1. EN COUVERTURE 58 59 JANVIER 2017 JANVIER 2017 O n a longtemps pensé que les émotions c’était quelque chose qui se passait en dehors du corps physique », ex - plique Gaétan Brouillard, spécialiste de médecine fonctionnelle ( Notre médecin intérieur, éd. Les Arènes). « De plus en plus, on se rend compte qu’à chaque émotion cor - respond un état biochimique qui modifie l’équilibre de notre organisme. » Il compare l’individu à un arbre : les organes seraient les feuilles alimentées par différentes « racines » : l’alimentation, le sommeil, l’environnement, les relations sociales et aussi les émotions ! Être stressé de manière chronique double le risque d’accident vasculaire 8 h 15 : on crie sur les enfants car on est en retard pour l’école. 9 h : on peste dans la voi - ture, coincé dans les bouchons. 10 h : on ful - mine contre son patron... Pour l’organisme, c’est le grand huit hormonal non-stop. À force, notre système immunitaire s’affaiblit. Le stress est la conséquence d’un trop-plein d’émotions que l’on a souvent du mal à nom - mer autrement. Hélène, chef d’équipe, se sent « stressée » par ses réunions avec ses collègues. En creusant, elle réalise qu’elle est un poil autoritaire et qu’elle suscite la méfiance de son équipe. Ce stress traduit une frustration et une peur d’être jugée par eux. Être stressé en réunion peut évidemment cacher de nom - breuses autres problématiques. À chacun de décrypter ses sensations et ce qui se joue pour dénouer ses nœuds psychologiques. Les effets du stress sur la santé sont connus. L’épidémiologiste Hermann Nabi a suivi 7 268 fonctionnaires britanniques durant dix-huit ans et a montré que se sentir stressé de manière chronique double le risque d’ac - cident vasculaire ou de diabète de type 2. « En cas de stress, l’adrénaline provoque un rétré - cissement des vaisseaux sanguins et une augmentation de la tension artérielle », dé - taille Hélène Amieva, docteur en neuros - ciences ( Mémoire et émotions , éd. Le Pom - mier). « Les hormones libèrent alors le sucre stocké. Si le stress est modéré et ponctuel, c’est inoffensif. Mais une exposition chronique perturbe l’équilibre. » En 2012, l’équipe de Sheldon Cohen (université Carnegie-Mellon, Pitts burgh) a montré que des patients à qui on a administré des doses virales de rhume présentaient des symptômes plus sévères s’ils avaient été soumis à un stress prolongé le mois précédent. « Le cortisol, libéré par les glandes surrénales en réponse à une agres - sion, joue un rôle d’anti-inflammatoire natu - rel, précise Hélène Amieva. On pourrait imaginer les sujets stressés mieux équipés face à l’agression. En fait, l’infection s’accélère car leurs cellules immunitaires se sont accou - tumées au cortisol, qui perd son efficacité. » Refouler nos émotions a aussi un coût psychologique. « Dans la dépression, les rumi - nations mentales sont liées à la lutte contre les émotions dites désagréables, détaille la psychiatre Yasmine Liénard. Quand une per - sonne ressent de l’anxiété ou de la peur, elle essaie de quitter cet état du présent en rumi - nant passé et futur. La plupart des troubles psychologiques et psychiatriques, mis à part la schizophrénie, ont en commun cet évite - ment : on fait tout pour éviter de ressentir les émotions. Aujourd’hui, le travail en psychiatrie est surtout axé sur les émotions. » Les études épidémiologiques sur l’anxiété révèlent qu’il existe une bonne et une mauvaise anxiété : « La notion de contrôle est cruciale, explique Hélène Amieva. Lorsque je suis anxieux (peur diffuse dans le temps) mais que j’ai la sensa - tion de pouvoir contrôler ce qui va m’arriver, cela aura plutôt un effet bénéfique. Au contraire, si je suis confronté de manière récur - rente à des situations où je me sens impuissant, je subis les effets délétères du stress sur ma santé physique (maladies cardio-vasculaires), mentale (dépression) et probablement cogni - tive (maladie d’Alzheimer et démence). » D’où l’importance d’apprivoiser ses émotions. Si le lien entre les émotions et la santé ne fait aujourd’hui plus de doute, le lien entre émotions et cancer reste un sujet délicat. Le psychanalyste Jean-Benjamin Stora a consa - cré sa carrière à l’étude de la psychosomati que (effet de la psychologie sur le corps). Depuis cinq ans, ses travaux de recherche avec l’Ins - titut Curie comparent dans la durée chez 50 patientes ayant eu un cancer du sein les facteurs psychiques et biologiques du risque de récidive. « Nous examinons leur cadre de vie, leur fonctionnement psychique et mental et les troubles somatiques apparus les cinq dernières années. Les entretiens révèlent souvent chez ces femmes une inhibition des pulsions agressives (elles ne ressentent pas de colère par exemple). » Les émotions positives génèrent des hormones bénéfiques Ces femmes, qui ont souvent réussi dans la vie, présentent parfois de grandes fragilités au niveau psychique et mental. Au cours de leur jeunesse, elles ont privilégié leur déve - loppement intellectuel. En cas de coup dur, elles ne sont pas équipées pour faire face à un débordement émotionnel. « Attention aux conclusions hâtives, prévient le psychana - lyste. Impossible de dire aujourd’hui à quelle hauteur le psychisme participe aux maladies. Si son environnement est stable, si la patiente a de bonnes ressources spirituelles, fait du sport, a des loisirs et une vie sociale riche, je prédis qu’il n’y aura pas de récidive. » Si nos émotions négatives refoulées nous minent, les émotions positives, à l’inverse, peuvent-elles nous guérir ? « Ça n’est pas si simple », répond Nathalie Rapoport- Hubschman, docteur en médecine ( Appri - voiser l’esprit, guérir le corps , éd. Odile Jacob). « En cardiologie, des études ont montré que l’on peut essayer de repousser l’incidence d’accidents cardio-vasculaires en favorisant les émotions positives. De plus en plus de publications établissent un lien entre l’impact d’une psychothérapie et l’évolution favorable d’un cancer. Mais chaque type de cancer est différent et il serait hasardeux d’affirmer que l’on peut guérir d’un cancer seulement en suivant une thérapie. Quand une personne a développé une maladie, on s’attache d’abord à améliorer sa qualité de vie et son bien-être et, parfois, cela peut améliorer l’évolution de la maladie. » Pour Gaëtan Brouillard, nourrir les émotions positives au quotidien devrait faire partie de nos gestes santé : « Les émotions positives génèrent des hormones bénéfiques pour notre organisme : dopamine, ocytocine, mélatonine, etc., qui favorisent les relations entre les cellules. On a observé par imagerie cérébrale que se re - mémorer des moments agréables active des zones du cerveau qui génèrent des émotions positives et les hormones associées. Ainsi, on peut influencer notre santé, simplement par la qualité de nos pensées. » Autrement dit, si on sait reconnaître et accepter ses émotions, la méthode Coué, c’est succès garanti ! Comment les émotions jouent sur notre santé Elles modifient nos états d’âme et notre équili bre physiologique. Jusqu’où influencent-elles notre corps ? Un avatar de psychologue D es chercheurs de l’Université de Califor - nie du Sud ont mis au point un logiciel, SimSensei, capable de détecter avec une grande précision l’état dépressif d’une per - sonne à partir des émotions exprimées sur son visage, sa gestuelle et les inflexions de sa voix. Le patient s’installe en face d’un capteur et doit répondre aux questions d’un psy-avatar, baptisé Ellie par ses créateurs. Testé sur un groupe de 60 per - sonnes, dont 30 avaient été diagnostiquées comme dépressives, Ellie a identifié 90 % des individus souffrant de dépression. Ce logiciel pourrait être utilisé auprès de soldats revenant de mission afin de poser un diagnostic précoce de dépression. DES MACHINES ET DES HOMMES... “Il n’y a pas de manière sexuée de ressentir” Pierre Massot, psycho-praticien en Logique émotion - nelle, coauteur de E.M.O.T.I.O.N. 7 étapes pour se comprendre (éd. Albin Michel). D.R. La biologie explique-t-elle les différences émotionnelles entre les sexes ? Pierre Massot : Au niveau anatomique, avec nos métho - dologies actuelles, rien ne distingue un cerveau mascu - lin d’un féminin. Mais les con nexions neuronales, qui modifient sans cesse la structure du cerveau selon le vécu émotionnel, introduisent donc des différen ces hommes-femmes. Le cycle fémi - nin modifie-t-il le comportement émotionnel ? P. M. : Il modifie le contexte dans lequel les femmes évoluent, les invi - tant à une plus forte perception intérieure. Le cycle féminin les expose à la variabilité de leurs perceptions. Il les place dans des conditions d’ex - périence variées, et leur confère une sensibilité émotion - nelle différente, les hommes n’ayant pas la possibilité d’ac - céder à ce champ d’expériences. Les différences sont donc plutôt socio-culturelles ? P. M. : Il n’y a pas de façon sexuée de ressentir les émo - tions sur le plan neuronal et biolo - gique. La manière de les vivre est différente. Notre culture considère plus normal pour un homme de domi - ner pour obtenir ce qu’il veut. L’es - sentiel de l’appren - tissage émotionnel repose sur un mi - métisme du milieu auquel l’être humain appartient. Il projette intérieu - rement, apprend, mémorise les com - portements émo - tionnels qu’il voit. En règle générale, les larmes et le toucher appar - tiennent à la femme qui s’occupe majo - ritairement du bébé. En parallèle, la façon dont sont acceptées les émo - tions influence aussi l’apprentis - sage : on console une fillette qui pleure, alors qu’on invite un petit gar - çon à sécher ses larmes. Ce qui peut aboutir aux stéréo - types que l’on connaît aujourd’hui. On peut imaginer que les mutations sociales en cours auront, à terme, des conséquences sur le système cérébral. ISTOCK Le stress, dont les effets sont avérés sur notre santé physique et psychique, est en fait un mot qui désigne toutes nos émotions négatives mal identifiées. Les reconnaître a un effet préventif. Trop de pression... ‘‘

2. EN COUVERTURE 60 61 JANVIER 2017 JANVIER 2017 “L’hypersensibilité : un atout à réguler !” Les décoder pour mieux en tirer parti S i l’on accepte volontiers d’exprimer sa joie, on fait tout pour ravaler sa colère, retenir ses larmes en public ou dissimuler sa peur. « Cette croyance en une influence néfaste des émo - tions et en la nécessité de les réguler persiste encore aujourd’hui », écrit la psychologue Sylvie Berthoz, chargée de recherche à l’Inserm ( la Face cachée des émotions, éd. Le Pommier). Ne dit-on pas d’une personne qui extériorise ses émotions, en particulier en public ou devant des étrangers, qu’elle a perdu son sang-froid ? » L’Américain Paul Ekman, spécialiste mondial des émotions, et son équipe ont montré que, à la naissance, nous avons pourtant tous le même langage émotionnel de base. Cinq émotions — la peur, la colère, la tristesse, le dégoût, la joie — se manifestent ainsi de manière universelle par des réponses expressives et physiologiques spécifiques. Une expression de joie, sur une photo, est reconnue par 97 % des observateurs américains, 95 % des ob - servateurs brésiliens et 100 % des observa - teurs japonais. Ces émotions ont aussi une signature physiologique universelle. Par exemple, la température cutanée au niveau du doigt est plus élevée pour la colère que pour la peur. Et l’accélération du rythme cardiaque est plus faible pour le dégoût que pour les autres émotions. Paul Ekman dis - tingue ces émotions de base des émotions sociales que sont l’envie, la jalousie, la culpabilité, la honte et la fierté. Contraire - ment aux autres, ces dernières « ne sont pas innées, mais acquises durant l’enfance, précise Sylvie Berthoz. Et elles ne possèdent ni des expressions faciales distinctes ni des réponses physiologies spécifiques ». À quoi servent les émotions ? À être en phase avec notre environnement et à com - muniquer, répondent les spécialistes. Face à une situation perturbatrice, elles nous per - mettent de nous adapter... à condition de bien vouloir les écouter. « Si, au travail, on refoule sa colère envers son patron, on est rongé de l’intérieur, détaille Yasmine Liénard, médecin psychiatre. En rentrant à la maison, on va boire un verre de vin pour se détendre ou prendre des médicaments : on fait tout pour étouffer l’émotion, qui ne fera que reve - nir frapper à la porte de votre conscience. Si au contraire, on décide de l’écouter, on va pouvoir identifier ses besoins : s’exprimer, poser ses conditions, apprendre à dire non, prendre soin de soi. Écouter ses émotions, ce n’est rien d’autre qu’un chemin vers l’es - time de soi. Même s’il y a une étape où il faut accepter de les traverser et de ressentir de la souffrance. » Des travaux ont montré que ce n’est pas l’événement en tant que tel qui déclenche l’émotion, mais son interprétation. Ainsi, chacun aura une réaction différente selon ses buts, ses besoins, ses valeurs, sa culture, son environnement social, son âge, son sexe... Le langage des émotions peut aider à mieux se connaître.  LA PEUR « Avant même que l’on en ait conscience, le corps l’exprime », explique Emmanuel Ballet de Coquereaumont, psychopraticien d’inspiration jungienne ( J’arrête d’avoir peur !, éd. Eyrolles). Face au danger, cette émotion archaïque mobilise l’organisme, et génère tremblements, nœuds à l’estomac, cris... « Sa fonction essentielle ? Alerter pour préserver notre intégrité et assurer notre sécurité. » En revanche, certaines peurs, comme celle de prendre la parole en public, ne reflètent pas un danger immédiat. « Ce sont des peurs sociales, qui nous renvoient à la peur du regard des autres. Elles peuvent révéler une insécurité due à un manque de confiance en soi ou encore des peurs enfan - tines qui n’ont pas été écoutées. En débus - quer l’origine permet de les apaiser. »  LA TRISTESSE Pour Isabelle Filliozat, psychothérapeute, « la tristesse provient de la séparation quand le lien est rompu, momentanément, ou pas (deuil, rupture) ; elle est souvent due à un changement de situation (licenciement, déménagement, maladie...) ». C’est un état transitoire qui permet de traverser un cha - grin, une déception, pour ensuite retrouver la joie. « Elle est nécessaire pour effectuer un travail d’intégration et de réparation qui permet l’acceptation d’une réalité perçue comme difficile », précise Emmanuel Ballet de Coquereaumont. Les pleurs, qu’il est préférable de laisser couler, nous libèrent. Trop souvent associée à un signe de fai - blesse, la tristesse est parfois refoulée. « Quand elle ne trouve pas de véritable voie d’expression, elle se manifestera imman - quablement par de la morosité ou des moments d’abattement », prévient le spécia - liste. À la longue, elle peut se transformer en état dépressif plus profond.  LA COLÈRE « Souvent mal comprise, la colère saine permet de mieux connaître les limites que l’on est prêt à accepter ; elle alerte sur la frustration d’un besoin », rappelle la psy - chopraticienne Marie-France Ballet de Coquereaumont ( J’arrête d’être mal dans mon couple !, éd. Eyrolles). « Si elle est trop fréquente ou qu’elle va trop loin, c’est sou - vent que certaines situations font émerger des sentiments bien plus anciens, d’impuis - sance, par exemple, qui méritent un éclair - cissement psychologique. » À l’inverse, certaines personnes ne se mettent jamais en colère, alors qu’intérieurement elles bouillonnent. Selon la spécialiste, « la colère refoulée signale un mécanisme défensif qui peut provenir de la peur de déplaire ou de ne pas répondre aux attentes de notre en - tourage. Ce qui entraîne souvent un impact négatif dans toutes nos relations ».  LA JOIE D’après Isabelle Filliozat, « elle accom - pagne un sentiment de profonde adéquation entre sa vie et ses valeurs, et jaillit d’un sentiment de réalisation de soi ». C’est un moteur essentiel dans l’existence. « Elle donne du sens à notre vie et crée du lien », ajoute Emmanuel Ballet de Coquereaumont. Autre bénéfice : elle est communicative. Parfois cependant, lorsqu’elle s’exprime de façon excessive, « elle peut signaler des ten - sions cachées. Elle peut également être une réponse d’évitement à une gêne, à identifier », décode Marie-France Ballet de Coquereau - mont. À l’inverse, les difficultés à la ressentir proviennent le plus souvent de l’enfance : « C’est le cas quand nos élans spontanés n’ont pas été accueillis, voire qu’ils ont été réfré - nés », déplore Isabelle Filliozat. Un travail sur soi peut aider à s’autoriser à être pleine - ment vivant, dans le plaisir.  LE DÉGOÛT « Le dégoût est une émotion qui nous alerte sur le besoin d’évacuer de soi quelque chose jugé repoussant, ou de mettre à dis - tance quelqu’un, explique Emmanuel Ballet de Coquereaumont. C’est un signal qui nous avertit que ce n’est pas bon pour nous. » « Physiquement, il peut même s’accompagner de nausées et d’envie de fuite », décrit la psychothérapeute Isabelle Filliozat. Souriez, vous êtes filmés L a start-up américaine Affectiva a déve - loppé un logiciel de marketing des émo - tions qui peut reconnaître instantanément votre état émotionnel à partir de votre visage. Le logiciel, qui intéresse les grandes marques, s’appuie sur une banque de données de plus de 4 millions de vidéos de 75 pays différents. Il peut indiquer à la seconde près quels passages d’une publi - cité sont intéressants, surprenants ou ennuyeux. Le jeu vidéo Nevermind utilise cette technologie. Si le joueur perd son calme et exprime de la peur ou de la nervo - sité, le jeu devient plus difficile. S’il garde son sang-froid, le niveau ne change pas et le joueur optimise ses chances de gagner. DES MACHINES ET DES HOMMES... Peur, tristesse, colère, joie, dégoût : toutes les émotions sont légitimes et... utiles. Voici pourquoi ! ISTOCK Saverio Tomasella, psychanalyste, docteur en sciences humaines, auteur d’ Hypersen - sibles, trop sensibles pour être heureux ? (éd. Eyrolles). D.R. Qui sont les hypersensibles ? Saverio Tomasella : Ce sont des per - sonnes qui perçoi - vent de façon exacerbée toutes sortes d’impres - sions, de sensa - tions, d’émotions. Très perméables au monde extérieur, elles sont facile - ment débordées par une sorte de trop-plein d’infor - mations. Elles ont particulièrement be soin d’être dans le calme ou dans des endroits où il y a peu de stimula - tions sensorielles ou relationnelles. Cela peut se mani - fester par de l’irri - tabilité, une sensa - tion d’être à vif, une forme de suscep - tibilité. Une sim ple remarque peut provoquer du dé - couragement ou, à l’opposé, un enthou - siasme excessif. Comment expliquer cette hypersensibilité émotionnelle ? S. T. : Cela dépend de la manière dont a été accueillie la sensibilité de l’enfant. Si elle a été mal prise en compte, l’enfant comprend que l’exprimer est ris - qué, voire inac - ceptable. Une fois adulte, la personne est mue par une demande affective importante, où elle a besoin d’être ac - ceptée, reconnue, aimée. Les émo - tions fortes surgis - sent dès qu’on lui manifeste de l’inté - rêt ou, à l’inverse, un manque d’atten - tion est interprété négativement. Comment trouver un équilibre avec cette hypersensibilité ? S. T. : D’abord la considérer non comme une patho - logie, mais comme une disposition personnelle, une qualité. C’est une chance à condition de bien se connaître et de respecter des limites. Quelles sont les émotions qui émergent, et com - ment apparaissent- elles ? Dès qu’on la repère, il est possible de faire redescendre la pression émotion - nelle, en prenant de la distance. En apprenant à réguler la charge émotion - nelle, cette grande sensibilité devient plus facile à vivre. Elle peut être un atout, par exemple, pour mieux com - prendre les autres. Les émotions de base exprimées sur nos visages sont universelles. Chacune a ses avantages et ses inconvénients. Les décrypter permet de mieux se connaître. universelles Des expressions

3. EN COUVERTURE 62 63 JANVIER 2017 JANVIER 2017 GREGORY KRAMER/GETTY I nutile de chercher à contrôler ou cacher ses émotions. Effet contraire garanti ! En revanche, de nombreuses approches nous aident à mieux les détecter au quotidien. Et les transformer en boussole, car elles sont de véritables guides pour nos choix de vie.  S’ÉCOUTER POUR MIEUX ÉCOUTER L’AUTRE « Parfois les gens déclarent : “Je suis fu - rieux”. En réalité, quand on fait le tri entre ce qui est en train d’arriver, ce que l’on en voit réellement et comment on se sent, on réalise parfois que le mental s’est emballé et a amplifié l’émotion », explique Nathalie Dard, intervenante en Communication Non Violente (CNV) dans des établissements scolaires. « Si on arrête ses pensées, au lieu de dire que l’on se sent furieux, on constatera peut-être que l’on est juste agacé. » La CNV a été mise au point par l’Américain Mar - shall B. Rosenberg dans les années 1990 pour favoriser les relations harmonieuses et sortir des conflits. « L’observation est la capa - cité la plus difficile à acquérir, car nous sommes dans des automatismes », poursuit Nathalie Dard. En CNV, les émotions sont les indicatrices d’un besoin (être écouté, reconnu, etc.). Elles sont vécues comme agréables quand il est satisfait, et désa - gréables quand il ne l’est pas. « Elles sont incluses dans un processus : l’émotion se manifeste, on identifie les besoins non com - blés associés et on formule une demande à l’autre. On n’est plus dans la réaction ni le clash, on est responsable de soi et on a une façon constructive de l’exprimer. Ainsi on récupère du pouvoir sur sa vie, tout en res - pectant les besoins de l’autre. »  www.cnvformations.fr  Les mots sont des fenêtres, Marshall - B. Rosenberg, éd. La Découverte.  TRAVERSER LES TEMPÊTES EN GROUPE Dans les salles de théra - pie insonorisées du centre de Dynamique émotion - nelle exprimée (DEE), on crie, on s’énerve, on pleure, on tape dans des coussins, on éprouve la peur et le dégoût ; bref, on s’affranchit des codes sociaux pour se laisser traverser par les émotions de la vie, sans crainte d’être jugé ni empêché de les ressentir. Mise au point par le psychiatre Étienne Jalenques dans les années 1970, la méthode repose sur des séances hebdomadaires de trois heures, en groupe. L’approche est fondée sur une « surchauffe émotionnelle », via la « mantra thérapie » : « Cela consiste à faire répéter par le patient un énoncé, une phrase de son propos que le thérapeute a perçue comme un signe d’un ensemble d’affects coincés ou refoulés », expose Étienne Jalenques. Exemple : Hélène fait part au groupe du sentiment de culpabilité qu’elle éprouve à s’éloigner de sa mère malade — qui en pro - fite pour réclamer toute son attention. Consciente d’être manipulée, Hélène en veut à sa mère. Le thérapeute lui propose de répé - ter : « Elle en profite, ça me dégoûte », en s’adressant à chacune des personnes pré - sentes. La répétition de cette phrase réveille la colère refoulée d’Hélène, qui s’adresse maintenant (symboliquement) à sa mère : « C’est toi qui me dégoûtes ! » La tension réveillée peut être ainsi libérée devant le groupe, sans qu’Hélène ne craigne la réaction de sa mère. Elle peut ainsi dissocier l’amour qu’elle éprouve pour elle de l’obligation de sacrifice. « Cette thérapie est un apprentis - sage des émotions, qui deviennent nos alliées. Quand on les maîtrise, on peut proportionner notre réaction à la situation et à notre inté - rêt. » Ainsi, devant son patron, on peut choi - sir un juste milieu plutôt que d’exploser de rage ou de ravaler sa colère et ne rien dire.  http://dynamique-emotionnelle.com  La Thérapie du bonheur, Étienne Jalenques, éd. Marabout.  DÉCHARGER SA TENSION DANS DES CAHIERS DE COLÈRE Le ton monte avec vos enfants ou votre partenaire. Vous êtes prêts à exploser. À ce stade, inutile de tenter la discussion : il faut d’abord dégonfler votre « ballon émotionnel ». Dans ses ateliers à destination des parents, Anne Partridge, de l’association Parlecoute à Bordeaux, propose des outils pour toute la famille. Elle conseille un cahier de colère, où l’on peut gribouiller de toutes ses forces. Un moyen de décharger la tension dans le corps et de montrer à l’autre l’ampleur de son émotion. Autre technique : les bons de colère. À dessiner soi-même ou à chercher sur Inter - net, puis à « froisser violemment et jeter ra - geusement dans un coin ».  DÉCHIFFRER LE MESSAGE AVEC L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE « En intelligence émotionnelle, on consi - dère qu’une émotion est une info utile pour retrouver son équilibre », explique Gilles Corcos, coach et fondateur de l’école systé - mique de l’intelligence émotionnelle. En une dizaine de séances, il accompagne son client dans la réalisation d’un objectif : changer de job, gérer une transition de vie, etc., en se mettant à l’écoute de ses émotions. En séance, le coach apporte des outils concrets pour les explorer (jeux de rôles, exercices d’intro spection...). On commence par des situations faciles : par exemple, en cas de trop-plein émotionnel à un dîner de famille, on se retire quelques minutes pour prendre le temps d’écouter la tristesse, la colère ou la peur qui montent au lieu d’ex - ploser entre le plat et le dessert. « Il y a une confusion entre écouter une émotion et se laisser submerger, précise le coach. L’émo - tion ne demande pas forcément à s’expri - mer, mais à être écoutée. »  www.odysseemotion.com  Comment cultiver son intelligence émotionnelle, Gilles Corcos et Corinne Vilder, éd. Larousse.  RESPIRER POUR SUBSTITUER LE POSITIF AU NÉGATIF « Toute perturbation émotionnelle crée un désordre respiratoire », remarque Carole Serrat, sophrologue. Notre respiration s’accé - lère, devient irrégulière. Conçue en 1960 par le neurologue Alfred Caycedo, la sophrologie est une méthode de relaxation dont l’objectif est de transformer nos émotions envahis - santes ou nos angoisses en pensées positives. Cette pratique psychocorporelle s’appuie sur la détente physique, obtenue grâce à des exercices de respiration et la visualisation d’images apaisantes. L’inspiration s’accom - pagne d’une intention, comme se remplir d’énergie positive, de bien-être. À l’expiration, on relâche l’émotion négative. Dans l’état dit « sophronique », entre sommeil et veille, la personne peut laisser remonter l’émotion, évacuer le vécu négatif et y substituer une image et des sensations positives.  La Sophrologie, c’est malin, Carole Serrat, éd. Leduc.S.  Ma méthode de sophrologie pour bien dormir, C. Serrat et L. Stopnicki, éd. Leduc.S. Les émotions d’une ville L e géo-informaticien Bernd Resch, de l’université de Heidelberg, au sud de Francfort (Allemagne), à équipé plusieurs cyclistes de capteurs physiolo - giques et d’un GPS. Il leur a ensuite demandé de sillonner la ville à différentes heures de la journée. Son objectif : identifier les quartiers, les carrefours et les rues les plus stressantes ou, au contraire, les moins stressantes, afin d’améliorer l’aménagement urbain. À terme, cet Emotional Mapping pour - rait permettre d’améliorer le schéma d’urbanisme et des transports. L’outil est également en test à Kaiserslautern, en Allemagne, et à Boston, aux États-Unis. DES MACHINES ET DES HOMMES... “Des souvenirs amplifiés par les émotions” Kinga Igloi, chercheuse au centre suisse des Sciences affectives de l’univer - sité de Genève (Cisa). D.R. Quels sont les effets des émotions sur nos perfor - mances cognitives ? Kinga Igloi : Elles augmentent notre attention et la foca - lisent sur des élé - ments de notre envi - ronnement chargés émotionnellement. Par exemple, vous suivez une confé - rence, quand une araignée grimpe sur votre fauteuil. Vous allez vous focaliser sur elle, un stimulus émotionnellement important, et ne plus écouter ce qui se dit. Idem, vous avez soif et votre patron vous de - mande de prendre la parole en réunion. La peur vous gagne, votre rythme car - diaque s’accélère, vous transpirez. Toute votre atten - tion est focalisée sur votre interven - tion et vous en ou - bliez l’envie de boire. La mémoire est-elle meilleure avec des souvenirs chargés émotion - nellement ? K. I. : Oui, qu’il s’agisse d’émotions positives ou néga - tives, même si elles n’emprun tent pas le même circuit dans le cerveau. Nous mémorisons mieux un apprentissage si le circuit de la ré - compense (associée au plaisir ou à la joie) a été activé. Ainsi pour les en - fants, un sourire ou une phrase d’encou - ragement peuvent les aider à mieux mémoriser leur le - çon. Dans le cer - veau, l’hippocampe (centre de la mé - moire) et l’amygdale (centre des émo - tions) sont proches et très connectés entre eux. Du point de vue de l’évolu - tion, cela permet de choisir des actions plus efficacement : le lapin qui a déjà été confronté à un renard, prendra plus vite la décision de s’échapper à la vue d’une touffe de poils orange... Nos souvenirs forts en émotions sont-ils pour autant fiables ? K. I. : Pas toujours. Après les attentats du 11 Septembre, des chercheurs ont de - mandé aux gens où ils étaient ce jour-là. Des mois plus tard, ils ne donnaient plus la même ver - sion, mais étaient persuadés de l’exac - titude de leur souve - nir. Ainsi, l’émotion augmente, parfois à tort, la confiance que nous accordons au souvenir. Le cahier de colère dans lequel on peut exprimer librement le trop-plein d’une émotion permet de la mettre à distance et de la relativiser pour pouvoir, ensuite, l’écouter plus sereinement. Partir à la rencontre de son enfant intérieur afin de libérer ses émotions négatives permet à l’enfant joyeux en soi de s’exprimer. l’enfant intérieur Gribouiller sa colère Réveiller 11 techniques pour les apprivoiser Ces pratiques se fondent sur l’écoute du corps et l’observa - tion de l’esprit. Et elles nous aident à mieux nous connaître. R O B E R T D A L Y / G E T T Y I M A G E S

4. EN COUVERTURE 64 65 JANVIER 2017 JANVIER 2017  TROUVER EN SOI DE NOUVELLES RESSOURCES La Logique émotionnelle s’appuie sur les travaux du neurobiologiste Henri Laborit sur la biologie des comportements et les liens entre le fonctionnement du cerveau et nos émotions. « Dans une situation T, nos sens filtrent l’information selon un code de survie lié à notre cerveau reptilien », explique Cathe - rine Aimelet-Périssol, médecin homéopathe et psychothérapeute. Les trois réactions face aux dangers du cerveau reptilien sont : la fuite, liée à la peur ; le combat, lié à la colère ; le repli sur soi, lié à la tristesse. « Avant toute autre considération, c’est le corps qui entre en résonance, entraînant des réactions d’évi - tement, de confrontation ou d’inhibition. » Ces processus constituent notre mémoire corporelle, qui peut remonter jusqu’à notre vie intra-utérine. Quelqu’un qui a été agressé va conserver un sentiment d’insécurité per - manent. « Il s’agit de se réconcilier avec cette mémoire qui nous constitue et, petit à petit, de sortir des automatismes (fuite, lutte, repli), en changeant les réponses à ces besoins ar - chaïques. » Au cours d’ateliers, face à la tris - tesse, par exemple, qui va inciter à s’isoler en attendant désespérément du soutien des autres, on adopte des gestes simples, comme sourire à une personne, prendre des nou - velles... Peu à peu, une nouvelle mémoire émotionnelle « positive » se met en place.  E.M.O.T.I.O.N. 7 étapes pour se comprendre, Catherine Aimelet-Périssol et Pierre Massot, éd. Albin Michel.  FAIRE TOURNER LA ROUE DES ÉMOTIONS POUR LES METTRE À DISTANCE Inspirée de la Communication Non Vio - lente, la roue des émotions est utilisée en Belgique dans des services de cancérologie, des maisons de retraites, des centres péniten - tiaires ou des écoles. Inventée par les théra - peutes belges Anne-Sophie Thiry et Jean- Marie Hoton, fondateurs de l’association Autrement dit, elle utilise trois disques car - tonnés : celui du centre invite à écouter les sensations de son corps. « On appuie sur pause et on descend dans le corps pour prêter attention au subtil, précise Anne-So - phie Thiry. J’ai mal au ventre, j’en ai plein de dos, etc. » La deuxième roue attire l’attention sur l’émotion asso - ciée : je suis inquiet, découragé, frustré, confiant... « Le geste de cher - cher sur la roue permet déjà de “défusion - ner”, de mettre l’émotion à distance : on n’est plus la colère mais seulement en colère, ce qui n’a rien à voir. » La grande roue propose des besoins sous-jacents, regroupés par « famille » : sécurité et survie (espace, lumière, repos...), repère et créativité, pouvoir et concrétisation, relations aux autres et partage (joie, considération...), communication, réalisation et sens. « Souvent, on s’arrête au constat : “Je suis irrité” », poursuit la théra - peute. « C’est comme si on conduisait, que le voyant de l’huile s’allumait et que l’on se contentait de dire : “Tiens, il manque de l’huile”, tout en continuant à rouler... Tout comme on entretient son moteur pour avan - cer, on peut identifier ses besoins et en prendre soin. » La roue existe en version adulte et enfant.  www.lautrementdit.net  MÉDITER POUR PLONGER DANS L’ÉMOTION ET S’EN DISTANCIER « Face aux émotions, nous développons des comportements d’évitement (fumer, se distraire, manger...) », détaille Yasmine Liénard, médecin psychiatre. La méditation de pleine conscience ou Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR) propose d’adopter une attitude de curiosité. « Observer son émotion, en sentir la saveur, mettre des mots dessus permettent de prendre une distance, sans juger, et de défusionner. » Ensuite, on porte son attention sur la sensation : où se situe l’émotion dans le corps ? Un nœud au ventre, des mâchoires serrées... Le Dr Ri - chard J. Davidson, professeur de psychologie et de psychiatrie (Université du Wisconsin, États-Unis) a montré sous IRM que la méditation développe le cortex préfrontal gauche, siège des émotions positives, de bien-être et de joie. Le programme MBSR (deux heures hebdomadaires durant huit semaines) repose sur la respiration, un body scan (bilan corporel de son ressenti), la méditation, le yoga. Une variante, le Mind - fullness-Based Cognitive Therapy, intègre aussi des éléments de thérapie cognitive centrée sur les émotions, avec un travail spécifique sur les symptômes, les ruminations et une pédagogie des émotions.  À la recherche de son vrai soi. Méditer pour trouver sa véritable nature, Dr Yasmine Liénard, éd. Odile Jacob.  CONSOLER SON ENFANT INTÉRIEUR « Face à une émotion ancienne mal digé - rée, l’adulte reste figé dans un état émotion - nel qu’il connaît et dont il tire un sentiment illusoire de sécurité ou d’amour », analyse Emmanuel Ballet de Coquereaumont, psy - chopraticien d’inspiration jungienne. Un enfant qui n’a jamais eu le droit d’exprimer sa colère la conservera comme un fardeau. Adulte, il créera inconsciemment des oppor - tunités pour l’exprimer : il acceptera un poste sous un chef autoritaire, rencontrera un conjoint qui l’agace, etc. « Certaines mani - festations de l’enfant triste, lorsqu’il n’a pas été entendu, se retrouvent chez l’adulte dans des agissements de révolte ou de revendica - tion qui peuvent affecter ses relations », observe le psychopraticien. Ce constat a conduit Jung dans les années 1940 à s’inté - resser à l’archétype de l’enfant intérieur. Soigner cet enfant intérieur comporte trois phases : ressentir et prendre conscience de nos blessures de l’enfance, et de la souffrance induite ; identifier nos comportements qui tendent à nous réparer ; intégrer que la seule façon de guérir est d’apprendre à respecter les sentiments, et à nourrir les besoins et les désirs de notre enfant intérieur.  Libérez votre enfant intérieur, M.-F. et E. Ballet de Coquereaumont, éd. Albin Michel.  STIMULER LES POINTS BLOQUÉS, AVEC L’EFT Après le séisme d’Haïti en 2010, Jean-Mi - chel Gurret, praticien certifié en Emotional Freedom Techniques (EFT), a formé sur le terrain, pour l’association Énergie psy sans frontières, près de 300 bénévoles. « En moyenne, le syndrome de stress post-trau - matique a diminué de près de 60 % après trois séances collectives. » Il décrit : « L’EFT est une technique d’acupression, qui consiste à stimuler avec deux doigts les points d’entrée des méridiens du visage et du corps en répé - tant une phrase positive afin de se libérer de ses émotions négatives. » Mise au point en 1970 par le psychiatre et kinésiologue John Diamond, elle connaît un nouvel essor en 1980, avec le psychologue cognitiviste et hypnothérapeute américain Roger Callahan. L’ingénieur Gary Craig lui adjoint en 1990 un protocole autour d’une ronde de points à stimuler pendant deux minutes. Les études par résonance magnétique ont démontré que la stimulation des « acupoints » envoie des signaux au système limbique du cerveau, gestionnaire de la peur. Selon Jean-Michel Gurret, « l’EFT agirait aussi en rétablissant une libre circulation énergétique dans notre système, perturbé par une émotion actuelle ou ancienne. » Le succès de cette méthode semble reposer sur sa simplicité, qui la rend accessible à tous et praticable à tout moment.  http://technique-eft.com  Mieux vivre avec l’EFT, Jean-Michel Gurret, éd. Leduc.S.  DANSER POUR TRANSFORMER COLÈRE, PEUR, TRISTESSE... « Dans une thérapie verbale, on s’exprime avec des mots. Dans la danse-thérapie, c’est avec son corps et, en premier lieu, par le biais des émotions, qui nous font comprendre que corps et psychisme sont inséparables », ré - sume France Schott-Billmann, psychanalyste et danse-thérapeute. Selon elle, la musique réveille les émotions et nous donne la pos - sibilité de les exprimer par le mouvement. Dans ses ateliers du geste rythmé, musique et danse mobilisent des émotions (colère, joie, tristesse) que l’on canalise par le biais d’archétypes, tels le guerrier, le clown. Avec deux fonctions : éveiller l’émotion souche puis lui permettre de s’exprimer et se trans - former dans une gestuelle simple, souvent répétitive. La danse du guerrier, par exemple, convoque la colère cachée derrière l’agres - sivité et la canalise.  Je danse donc j’existe. Le grand boom de la danse-thérapie, C. Maillard, éd. Albin Michel. Le mois prochain : Les superpouvoirs du sommeil HENNY ALLIS/SPL/COSMOS Le téléphone pleure L e Massachusetts Institute of Technology a codéveloppé un logiciel intelligent, Cogito, pour aider les télévendeurs à établir un meilleur contact au téléphone. En pra - tique, des algorithmes analysent le rythme de la voix, le ton et les silences, afin de dé - celer si le client est attentif, stressé, énervé ou réceptif. Le logiciel permet au vendeur de suivre en temps réel les effets de son discours et de modifier son approche... Va-t-on pouvoir échapper aux filets du mar - keting ? Oui, il semblerait qu’il soit encore possible de tromper la machine. Elle ne peut détecter le dégoût, la surprise ou l’ironie au seul son de la voix. Et moduler notre voix cache nos émotions. DES MACHINES ET DES HOMMES... “Anorexie et boulimie sont liées aux émotions” Dr Yasmine Liénard, médecin psychiatre, auteur d’ À la recherche de son vrai soi (éd. Odile Jacob). D.R. Quel est le lien entre les émotions et les troubles du compor tement alimentaire ? Yasmine Liénard : On a établi des analogies entre une extrême sensi - bilité au mon de extérieur et des dif - ficultés à exprimer ses émotions. Cer - taines person nes mettent en place des mécanis mes de protection. Ceux-ci engendrent plus tard des trou bles du comportement, car ils ne répondent plus aux situations. Quelle pourrait être la source de ce débordement ? Y. L. : C’est un symp tôme qui peut être corrélé à des troubles de l’atta - chement et du développement. Il est favorisé par des trau matismes ou des expériences né - gatives (pleurs non consolés, absence de soutien affec - tif...). Les émotions se sont accompa - gnées de douleurs physiques, d’où le réflexe de se couper du corps et de déve - lopper une intolé - rance à la vie inté - rieure, se traduisant par un hypercon - trôle de l’apparence. L’anorexie, la boulimie sont donc deux aspects d’une même difficulté ? Y. L. : Ce sont deux réactions face à la peur de perdre le contrôle de soi. Der - rière ces trou bles se cache une insécu - rité intérieure due à une hypersensibi - lité. Ces person nes ne disposent pas des ressources inté - rieures pour se sé - curiser, d’où une re - cherche de con trôle du corps. Si l’ano - rexie pourrait en être la forme victo - rieuse, la boulimie en signale l’échec. En réalité, dans les deux cas, ce sont les émotions qui sont évitées. Est-il possible d’agir sur cette hypersensibilité ? Y. L. : Les thérapies cognitives, compor - tementales et cer - taines psychothéra - pies (thérapie ACT, pleine conscience, dialectique compor - tementale, EMDR, Somatic Experien - cing ) peuvent avoir un intérêt. Plus que les émotions elles- mêmes, le problème est la difficulté à les ressentir. Expo - ser progressive - ment la personne à ces ressentis est une voie de traite - ment pour apprivoi - ser ces émotions. Les émotions s’inscrivent avant tout dans notre corps : danser lui permet de les mobiliser pour les extérioriser dans le mouvement. Écouter les sensations du corps et les relier à ses ressentis intérieurs, pour découvrir les besoins sous- jacents non exprimés : cette roue nous en dit long sur nous-mêmes. la roue des émotions Explorer D.R. Danser pour se libérer

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